Les chiffres sont sans appel : l’inox 304, plébiscité dans l’industrie, montre ses faiblesses dès qu’il croise le chemin du chlore. On l’installe, on pense jouer la carte de la fiabilité, puis surviennent piqûres, ternissures et microfissures à peine la saison entamée. La norme EN 10088-1 ? Elle ne promet rien sur la résistance du 304 dans l’eau chlorée. En comparaison, l’inox 316, grâce à sa part de molybdène, repousse la corrosion là où le 304 baisse les bras. Pourtant, lors du choix des équipements ou de leur maintenance, cette différence reste trop souvent ignorée.
Pourquoi l’inox séduit-il pour les installations de piscine ?
Dans le paysage des piscines modernes, l’acier inoxydable s’est imposé pour de bonnes raisons. Il conjugue résistance, sobriété et facilité d’entretien. Son secret ? Une pellicule naturelle d’oxyde de chrome, invisible mais redoutablement efficace, recouvre et protège le métal. Dès que la teneur en chrome atteint 10,5 %, la surface devient un véritable bouclier contre la corrosion, même dans des milieux riches en chlorures.
Ce n’est pas tout : la variété des nuances d’inox permet de concevoir des projets ambitieux, où l’esthétique ne cède rien à la performance. Si l’inox 304 trouve sa place là où la menace du chlore reste limitée, les bassins et accessoires de piscine réclament davantage : inox 316, 316L ou duplex (type Uranus 65) relèvent le défi sans faillir. C’est l’ajout du molybdène qui fait la différence : il renforce la résistance face au chlore et aux traitements chimiques.
Voici pourquoi les professionnels de la piscine misent sur ces nuances :
- L’inox 316 excelle dans les environnements difficiles : bord de mer, piscines, industrie chimique.
- Les versions 316L et duplex se distinguent par leur faible teneur en carbone et une structure métallurgique pensée pour limiter la corrosion après soudure.
Dans la réalité du terrain, la mise à la terre des structures en inox est incontournable : elle prévient tout phénomène de corrosion galvanique et protège les utilisateurs. Un entretien suivi prolonge la vie de l’ensemble : en industrie, l’inox dépasse souvent le demi-siècle sans faiblir. Ce matériau exigeant répond ainsi aux attentes de longévité et de raffinement des piscines les plus exigeantes.
304 ou 316 : quelles différences face au chlore et à l’eau ?
Dans les installations au contact de l’eau, deux familles d’inox dominent : le 304 et le 316. Leur composition semble proche : le 304 (18/10 ou 18/8) combine 18 % de chrome et 8 à 10 % de nickel. Parfait pour les cuisines, le mobilier ou les environnements peu agressifs, il conjugue hygiène et brillance.
Mais au bord des bassins, le chlore redistribue les cartes. Présent dans l’eau traitée, il libère des ions chlorures qui soumettent l’inox à rude épreuve. Le 304 limite les dégâts, mais il montre vite ses limites : taches, piqûres de corrosion, ternissement. Le matériau perd alors en aspect comme en solidité.
Face à cette adversité, l’inox 316 tire son épingle du jeu. Sa teneur en molybdène (2 à 3 %) renforce sa protection contre les attaques chlorées. C’est la référence pour les milieux agressifs. Les variantes 316L (moins de carbone) apportent un avantage supplémentaire après soudure, réduisant la corrosion intergranulaire.
| Type d’inox | Composition | Résistance aux chlorures | Usage recommandé |
|---|---|---|---|
| 304 (18/10) | 18 % Cr, 8-10 % Ni | Moyenne | Environnements peu agressifs |
| 316 / 316L | 16-18 % Cr, 10-14 % Ni, 2-3 % Mo | Élevée | Piscines, milieux marins, industries chimiques |
Pour toute installation dans une piscine, mieux vaut miser sur le 316 ou le 316L. Leur composition leur permet de conserver intégrité et éclat, là où le 304 finirait par céder. On gagne ainsi en fiabilité et en tranquillité pour de longues années.
Comprendre les mécanismes de corrosion en milieu chloré
La corrosion en piscine ne laisse rien au hasard. L’acier inoxydable doit sa robustesse à une mince couche d’oxyde de chrome formée à sa surface. Mais le chlore, omniprésent dans l’eau des bassins, peut perturber cet équilibre délicat.
Dès que la concentration en chlorures grimpe, cette barrière protectrice s’affaiblit. Résultat : des piqûres de corrosion apparaissent, souvent discrètes au départ mais redoutablement destructrices. Plusieurs formes de corrosion se manifestent en milieu chloré :
- Piqûres : attaques localisées, sournoises et difficiles à repérer.
- Corrosion intergranulaire : progression insidieuse le long des joints de grains, surtout après une soudure mal réalisée.
- Corrosion sous contrainte : fissures provoquées par la combinaison d’efforts mécaniques et d’ions chlorures.
La finition joue un rôle de premier plan. Plus la surface est polie (Scotch Brite, Poligrain 600), moins les chlorures peuvent s’y accrocher. Une rugosité inférieure à 0,8 µm fait réellement la différence. Après soudure, des opérations comme la dépassivation et le décapage deviennent nécessaires : elles restaurent la couche d’oxyde de chrome et prolongent la durée de vie de l’installation.
Il est préférable d’éviter l’électrolyse au sel, qui accélère la corrosion de l’inox. Les méthodes alternatives comme le chlore liquide ou l’oxygène actif s’avèrent plus respectueuses. Jusqu’au moindre détail, choix du type d’inox, qualité de la soudure TIG ou laser, chaque décision technique influence la capacité de l’acier inoxydable à résister au chlore et à garder son aspect impeccable, année après année.

Entretenir son inox pour préserver sa durabilité au bord de la piscine
Même les inox les plus performants, 316L, duplex, n’échappent pas à la règle : leur longévité dépend directement de l’entretien. Dépôts calcaires, traces de sel, résidus de produits… ces indésirables entravent la régénération de la couche protectrice. Les grattoirs métalliques sont à proscrire : ils laissent des micro-rayures, véritables portes d’entrée pour la corrosion.
Pour conserver l’éclat et la résistance au chlore des installations, il convient d’adopter une routine simple : nettoyages réguliers à l’eau claire, séchage soigné. Tous les trois mois, un produit spécialisé, comme Innosoft B570 ou Inox Clean Gel, viendra à bout des salissures tenaces, sans agresser la surface. Après un nettoyage ou un polissage, la passivation doit être renouvelée : des solutions telles que CitriSurf, DBP Inox ou Avesta restaurent la couche d’oxyde de chrome et renforcent la protection.
La mise à la terre, trop souvent négligée, protège l’installation contre la corrosion galvanique et garantit la sécurité des baigneurs. Un contrôle régulier des soudures, avec intervention immédiate en cas de ternissement ou de piqûre (décapage, puis passivation), s’impose pour préserver l’intégrité du bassin. Cette vigilance, loin d’être insurmontable, assure à la piscine inox un éclat durable, à la hauteur des ambitions architecturales les plus exigeantes.
L’inox a ses exigences, mais il rend au centuple : une piscine qui défie le temps et les traitements, sans jamais perdre sa superbe.

